27 décembre 2006
Des vivants et des morts
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Voici un petit roman de Gérard Mordillat, "les vivants et les morts", qui a retenu toute mon attention et dont je ne saurais que vous conseiller la lecture, pour peu que le monde ouvrier, les luttes sociales et la mondialisation vous intéressent un tant soit peu.
Les vivants et les morts, ça vous parle aux tripes, ça vous illustre par l'exemple ce qu'est aujourd'hui le monde libéral dans lequel on vit.
Prenez une petite ville du Nord (ou d'ailleurs), dont toute l'activité repose sur l'industrie textile. Ajouter à celà une usine précédemment rachetée et faisant partie d'un conglomérat allemand, que l'obscur propriétaire, inconnu des ouvriers qu'il emploie, décide de vendre à une société américaine. La population s'alarme, les ouvriers lance une grève, les syndicats montent au front, négociations, plan social, restructuration : Bilan : 100 familles sur le carreau, gel des salaires, gain de productivité exigés en contrepartie du maintien de l'usine et de sa production, sans oublier bien entendu de larges exonérations fiscales accordées au patron par nos dirigeants bien aimés... Ça ne vous rappelle rien ?
Jusque là rien que de très banal, mais vu du côté de ceux qui subissent, cela apporte une vérité saisissante à cette triste histoire.
D'autant qu"elle ne s'arrête pas là, car quand les héros de ce roman découvrent que le seul enjeu du rachat de leur usine se résume au brevet de production, et que cette société américaine n'est en fait qu'un fonds de pension pour lequel ils ne représentent qu'une ligne budgétaire de plus, - ligne qui va d'ailleurs faire l'objet d'une clôture comptable, le brevet et les machines partant pour l'Asie - ceux-ci vont changer de méthode, se radicaliser, et menacer de tout faire sauter. Ça ne vous rappelle toujours rien ?
Je ne vous révélerai pas la fin, mais elle est facile à deviner : dans le monde d'aujourd'hui, qui triomphe: le prolo ou le patron ?
Ce sujet me tient d'autant plus à coeur que mon précédent secteur d'activité a également fait l'objet d'une suppression, pas aussi sauvage et brutale, mais elle restera pour moi une expérience inoubliable qui m'aura forgé l'âme et endurci l'esprit, et qui m'aura rendu plus solide dans mes convictions profondes.
Un grand salut au Jeff, au Bicoup, au Nico et à toutes celles et ceux du Centre de Rennes.
Brav eo an amzer yziou !
23 décembre 2006
Sur les bienveillantes
Voici quelques réflexions à propos de ce livre, acheté avant tout le battage médiatique dont il a fait l'objet.
Piqué par la curiosité suite à la lecture d'une critique dans Télérama, j'ai donc lu ce pavé. Je suis quelqu'un qui s'interroge beaucoup sur l'être humain et tout ce dont il semble être capable, du pire comme du meilleur. J'ai toujours été avide de comprendre les actions des autres, le parcours de chacun, leur psychologie. Mon propre parcours m'a amené à m'intéressé à la Shoah, à la guerre en Yougoslavie, au génocide du Rwanda, aux différentes guerres du siècle précédent, et surtout à ceux qui ont vécus ces différents évènements. Qu'est-ce qui pousse quelqu'un à commettre des actes qu'il serait incapable d'envisager dans des circonstances normales d'existence ?
Je suis d'une génération qui a eu la chance de ne pas avoir à connaître de telles situations. Mes oncles, eux, ont vécus la Guerre d'Algérie, mes grands-parents ont subi l'Occupation allemande, mon arrière grand-père fut blessé durant la Grande Guerre. J'ai cherché très souvent à les faire parler de ce qu'ils avaient vécus, parfois avec succès, souvent sans résultat, ces discussions ayant lieu au cours des repas familiaux, on cherchait très vite à me faire taire, on changeait de sujet, ce qui ne faisait qu'attiser ma curiosité.
J'étais jeune à l'époque, sans grands moyens de réflexions et je ne comprenait pas ce que l'on voulait taire. Alors je me suis renseigné, j'ai lu, beaucoup, vu des documentaires. Et toujours la même question revenait: qu'aurais-je fait, moi, à leur place ? Comment aurais-je réagi ?
La lecture des Bienveillantes ne m'a rien apporté à cet égard. C'est un excellent livre, sans nul doute, pas brillamment écrit, (avec des digressions de l'auteur sur les relations incestueuses entretenues par le personnage central et sa soeur jumelle, éléments qui n'ont aucun intêret à mon avis ) qui narre les péripéties d'un homme d'une trentaine d'année, membre de la SS, chargé de la gestion administrative des déportés Juifs d'abord en Russie, puis en France, et enfin en Pologne. Ce personnage semble vivre les évènements de l'extérieur, comme s'il était absent, comme si c'était un autre que lui qui agissait, prenait les décisions. Néanmoins, les autres personnages -réels, ceux là- (Spier, Eichmann, Himmler et bien d'autres) prennent vie dans leur sinistre réalité.
L'auteur s'étend un peu plus sur Eichmann que sur les autres, sans doute du fait des archives conséquentes disponibles sur cet individu, et le décrit comme le parfait bureaucrate. Sur ce point particulier, le film documentaire "Un spécialiste, portrait d'un criminel ordinaire" de Eyal Sivan est édifiant.
C'est en cela que réside tout l'intêret de ce livre : montrer que les monstres sont des gens ordinaires, et que n'importe lequel d'entre nous peut, au fil des circonstances, s'avérer être le pire des bourreaux. Les Nazis ne furent pas tous des pervers, des sadiques, ou des antisémites viscéraux.
Ce qui m'a le plus frappé, dans toutes les réflexions du personnage, porte sur les similitudes qu'il voit entre le régime nazi et ce régime soviétique. A ses yeux, les bureaucrates russes sont les mêmes que les bureaucrates allemands. A tel point qu'Auer (le narrateur) éprouve plus de sympathie envers les commissaires du peuple qu'à l'égard des alliés ukrainiens.
Il faut bien reconnaître que le régime stalinien a causé bien plus de morts que la Seconde guerre mondiale dans son ensemble, usant des mêmes politiques de déportations, d'arrestations et d'éliminations des populations "hostiles" au régime soviétique. A ce titre là, la lecture des Bienveillantes m'a apporté un regard nouveau et quelques sources de réflexions personnelles, ce qui est assez rare dans la littérature pour être souligné.
Un dernier mot : les passages relatifs au séjour d'Auer sur le front de l'Est et la narration froide des méthodes employées par les nazis dans l'élimination des populations juives russes à cette époque (avant le recours à la solution finale et au gazage) font parti des éléments indispensables à porter à la connaissance de chacun. A ce sujet, je conseille vivement la vision de ce qui constitue à mes yeux un chef-d'oeuvre du cinéma russe, je veux parler du film "Requiem pour un massacre", film méconnu, mais qui mériterait de faire partie de l'enseignement scolaire du programme de Première et de Terminale.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=2688.html
http://www.allocine.co.uk/film/fichefilm_gen_cfilm=2688.html (en anglais)
19 décembre 2006
Coup de colère
Aujourd'hui, j'étais parti bosser de très bonne humeur : le ciel étant parfaitement dégagé ce matin, je restais quelques instants à contempler les étoiles avant de prendre ma voiture pour faire les 35 kms de mon parcours quotidien. Bien sûr, j'avais perdu quelques minutes à gratter le givre déposé durant la nuit, mais l'air était vivifiant, le ciel prenait cette teinte orangée sur laquelle se découpait au loin la montagne bourbonnaise, ,et je me sentais bien, (serait-ce cela le bonheur ?)
Au boulot, tout se passais bien, j'étais donc plutôt d'excellente humeur, le sourire aux lèvres, fredonnant du Dan Ar Braz, et plaisantant avec mes collègues, lorsque j'ai eu la malencontreuse idée de jeter un oeil sur le site du journal "Le Monde".
Et là ce fut le choc, qui me sonna comme un coup de masse asséné entre les 2 yeux. Ce que je lisais me rempli d'horreur, de colère, et de compassion : en Lybie, le verdict du procès en appel des 5 infirmières Bulgares et du médecin Palestinien accusés d'avoir innoculé le virus du SIDA à 417 petites victimes venait de tomber : tous condamnés à mort.
A MORT. Ces mots m'ont obsédé durant le reste de la matinée. Cet homme et ces 5 femmes, membres d'une ONG, venus délibérément exercer leur métier dans un pays étranger, travaillant dans des conditions sanitaires que j'imagine aisément, cherchant seulement à soulager des victimes d'une maladie épouvantablement mortelle, vont être décapités ou pendus à cause de leur dévouement à la race humaine, à cause de leur impuissance à combattre cette saloperie et aussi (et surtout, c'est du moins mon sentiment) en raison d'une décision politique visant à exclure toute ingérence humanitaire occidentale dans ce pays.
J'en suis resté KO. Affligé, enragé par ma propre impuissance.
Pauvre humanité !
Post Scriptum : je voulais au départ vous parler de mes impressions à propos de 2 ouvrages que j'ai lu récemment : Les Bienveillantes de Johnathan Littel, et Une histoire populaire des Etats-Unis d'Howard Zinn, ainsi que du roman que je suis en train de lire: Les vivants et les morts, de Gérard Mordillat. Ce sera pour mon prochain post.
A la prochaine !
17 décembre 2006
Premiers pas sur le Web
Ca y est, je me lance.
Tout d'abord, me présenter : Je m'appelle Fabrice, je viens d'avoir 40 ans il y a quelques semaines, je vis à la campagne dans une région viticole qui a connu une grande renommée il y a bien longtemps. Je suis fonctionnaire de l'état, syndicaliste de gauche, curieux des choses et des gens.
J'aime lire, le cinéma, les jeux vidéos, la cuisine, ne rien faire. Je voudrais, par l'intermédiaire de ce blog, partager mes réflexions et raconter mon quotidien.
C'est tout pour aujourd'hui.

