13 janvier 2007
L'amérique de Zinn
Autant le dire en préambule, je voue aux USA une haine-passion des plus farouches : ce continent et cet Etat me fascine. Bercé par la musique popu (ah Joe Dassin et "l'Amérique" !), grand fan des héros de western dans mon enfance, je rêvais d'Amérique, avec toute l'innoncence de mes 11 ans. Grandissant dans un milieu farouchement communiste, j'appris plus tard à détester ces méchants américains qui voulaient détruire l'URSS, berceau de l'esprit révolutionnaire communiste, et à honnir ce pays qui tuaient des innocents (les époux Rosenberg, Sacco et Vanzetti), lynchaient des noirs et détruisaient sous les bombes les gentils vietcongs se battant pour la Liberté. Mais je gardais malgré tout une certaine nostalgie pour les merveilles que l'Amérique représentait pour un enfant d'un milieu modeste avec ses belles voitures, son confort électro-ménager et son abondance de biens.
Bien sûr, depuis j'ai mûri, l'URSS et ses illusions mensongères a disparue, détruite par la surenchère économique que fut cette course folle du cauchemar atomique qu'on appella Guerre Froide, et la réalité a repris ses droits.

Ce livre d'Howard Zinn , " une histoire populaire des Etats-Unis, de 1492 à nos jours" paru chez Argonne en 2003, m'a littéralement réconcilié avec la nation américaine et surtout avec son peuple. Je ne parle pas de cette caricature que nous, Français, nous faisons des américains, avec tous nos clichés ni de ces fausses idées que l'on peut se faire à propos d'un peuple au regard de son cinéma ou de sa littérature, je parle du peuple, de ceux qui ne comptent pas, ceux dont l'histoire ne retiendra pas les noms mais qui l'ont écrite avec leur sang et leurs misérables existences.
Je ne saurai résumer ce livre en quelques mots, tant il est riche en informations et complet. A sa lecture, vous découvrirez à quel point ce pays appartient aux banquiers, aux gros propriétaires terriens, et aux industriels. Zinn décrit avec soin et analyse l'évolution de ce pays depuis la découverte (due au hasard) des Bahamas par un marin italien avide de pouvoir et de conquête jusqu'à l'imposture électorale de 2000 et l'invention de la guerre contre le terrorisme.
Et elle est riche, cette histoire, riche en massacres, en guerres de conquêtes territoriales, en asservissement des peuples (esclaves noirs ou petits fermiers blancs). On y découvre comment les différents régimes ont dupé le monde ouvrier et agricole afin de servir les intêrets de la classe dominante (aristocratie anglaise puis bourgeoisie américaine après l'indépendance), en utilisant les mêmes moyens durant des siècles, à savoir la propagande, l'illusion des urnes, les fausses promesses, la démagogie, le populisme. Tout ceci n'était pas vraiment nouveau pour moi, mais l'analyse qu'en fait Zinn en la démontrant par l'exemple rend son récit particulièrement saisissant. A la lecture de ce livre, j'étais aux côtés des indiens, luttant avec leurs modestes moyens contre ce génocide que leur propre culture ne permettait pas de concevoir ; j'étais aux côtés de ces africains vendus comme esclaves et devenus des caricatures d'êtres humains, dupés par Lincoln et ses promesses de liberté et d'émancipation, enrôlés dans une guerre déclenchée parce que des grands propriétaires Sudistes refusaient de se soumettre à de nouvelles taxes. J'étais aussi aux côtés de ces immigrants venus partout d'Europe par bateaux, dans des conditions inhumaines, pour se construire une nouvelle vie, attirés par ce fameux rêve américain et débarquant dans un pays continuellement en guerre, pour n'y trouver que la ruine de tous leurs espoirs. Mais j'étais également aux côtés de ces petits fermiers s'éveillant à la conscience politique durant la Révolte des Loyers, aux côtés de ces ouvriers refusant une vie faite de souffrances et de misère, et découvrant la force de l'union et le syndicalisme, la lutte pour une vie meilleure et le droit de revendiquer. J'étais aux côtés de ces femmes qui firent voler en éclat les carcans où elles étaient emprisonnées, brimées par des siècles d'hégémonie masculine, et qui prirent conscience de leurs forces et gagnèrent un peu plus de liberté.
J'ai découvert dans ce livre une autre histoire de l'amérique, une histoire humaine. Une histoire qui prouve que, même si les choses ne changent guère, même si ce sont toujours les mêmes qui semblent triompher, les hommes et les femmes qui ne comptent pas sont grands. Grands dans leurs luttes, dans leurs espoirs, dans le refus de leur condition, dans leur volonté d'insoumission.
02 janvier 2007
Schizophrénia
Tenir un blog est une chose délicate, bien plus difficile que je l'aurai imaginée.
Je suis en vérité une personne très discrète, qui ne se livre que difficilement, et rarement à des inconnus. Il va me falloir faire par conséquent d'énormes efforts pour alimenter ce journal et accepter de m'ouvrir et de raconter mon quotidien. Si l'on part du principe que l'existence d'un individu moyen n'est faite que de banalité, quel intêret peut-il y avoir à se raconter ?
Commenter l'actualité pourrait être une solution, mais j'ai la fâcheuse tendance à penser que mon propre avis ne compte guère, dans un monde devenu tellement accessible qu'il en devient illisible. Trop d'infos, trop d'évènements nous sont livrés en pâture, sans que nous ayons suffisamment de recul pour appréhender les choses dans leur globalité.
J'ai ainsi depuis pas mal de temps renoncé à regarder les "news macdo" des 20 heures télévisuels, d'abord parce que j'ai du mal à faire confiance aux lignes éditoriales des journaux télévisés, ensuite parce que les images ont (selon moi) bien plus d'impact que les mots, mais qu"elles offrent un panel d'interprétation tel qu'il est difficile de réellement cerner la véracité de leur contenu, et par conséquent de se forger une opinion qui soit réaliste.
Mais par moment, lorsque malgré tout je jette un oeil curieux sur le 20 heures, j'ai le sentiment de vivre dans une société qui tiendrait plus du 1984 d'Orwell, et d'être une sorte de condensé des 2 personnages, Smith et O'Brien. J'en veux pour exemple les derniers non-évènements du 1er Janvier dernier. Si mes souvenirs sont bons, il y a un an exactement, l'évènement principal relaté et commenté largement par les médias, c'était l'attaque d'un train par une horde d'une centaine de jeunes sauvageons qui avaient agressés et dépouillés les voyageurs. Le Far-West en PACA, en quelque sorte... Bien sûr, Celui dont je tairais le nom avait à l'époque fait moultes apparitions télévisuelles, annonçant la création d'une police ferroviaire pour résoudre le problème. Brave homme ! Mais si mes souvenirs sont toujours bons, il s'est avéré par la suite que cette incroyable attaque de diligence -pardon de train de voyageurs- était effectivement incroyable, parce que largement montée en épingle, un peu comme la fameuse sardine bouchant le Port de Marseille...
Et aujourd'hui, le même personnage (Celui dont je tairais le nom) nous annonce que rien ne s'est passé en cette nuit de la Saint Sylvestre 2006, parce que toutes les dispositions avaient été prises...
Curieuse impression que j'ai ressenti, un peu comme si l'on m'avait annoncé que la ration quotidienne de chocolat augmentait et passait à 25 grammes, tout en ayant le vague souvenir qu'elle était pourtant à 30 grammes il y a peu.
Et il en va ainsi de tout ce qui constitue notre quotidien : chiffre du chômage, nombre d'immigrés, élections africaines (j'y reviendrais plus longuement), délinquance, Clearstream,etc, etc...